DIPROS au champ N°3 : François et son méteil

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Participant au projet DIPROS, François est agriculteur à Jollain-Merlin (Brunehaut) où il cultive pour son bétail du maïs, du sorgho et du méteil. Il produit également du froment, de la pomme de terre et de la betterave. Ses couverts fourragers se composent eux de méteils et de ray-grass sur une dizaine d’hectare pour une SAU totale de 35 ha.

Qu’est-ce qu’un méteil et pourquoi l’intégrer dans une rotation ?

Le terme méteil désigne communément les mélanges de céréales et de protéagineux. Ils se distinguent en 3 catégories selon leur date de semis :

  1. Les méteils d’hiver : semés en automne pour une récolte au printemps ;
  2. Les méteils de printemps : semés au printemps pour une récolte avant l’été ;
  3. Les méteils d’été : semés après la moisson et récoltés en automne.

La composition des méteils peut être variable en fonction des devenirs de celui-ci. Le plus souvent, on se base sur un mélange de 2 à 4 espèces complémentaires (pouvoir couvrant limitant les adventives, pouvoir tuteur des poacées, précocité et hauteur similaire,…) pouvant aller jusque 6 au maximum avec 10 à 15% de protéagineux et 85 à 90% de céréales.

Les méteils peuvent permettre de combler un déficit fourrager régulier en augmentant les récoltes de fourrages et en diversifiant l’assolement. Lorsqu’une récolte précoce est possible, rechercher une teneur intéressante en MAT (matières azotées totales) est possible. Le méteil peut remplacer le maïs dans la ration.

Ce mélange fait bénéficier les céréales de l’azote fixé par les protéagineux et ainsi réduire les apports en fertilisation. L’utilisation de traitements phytosanitaires est également limitée, ce qui en fait une culture économe en intrants.

Voici un tableau reprenant les caractéristiques des principales espèces qui composent un méteil :

CéréalesTriticaleAssez productif, bon tuteur, contribue à la maîtrise des adventices
BléProductif mais peu compétitif
EpeautreRustique et peu gourmande en azote, apporte de la fibre dans la rotation
AvoineBon tallage et résistance aux maladies, couvre vite le sol
SeigleRustique et peu gourmand en azote
OrgeAssez bonne valeur nutritive et apport de fibres, mais peu couvrant. Plus précoce que les autres céréales
ProtéagineuxVescePeut provoquer dans verse du méteil. Si récolte en grain, repousse possible pour l’année suivante
Pois fourragerBase de protéagineux. Riche en protéines, maturité proche des céréales. Plante pouvant faire verser la culture
Pois protéagineuxRiche en MAT, moins de risques de verse qu’avec le pois fourrager mais gélif.
FéveroleRiche en protéines et rôle de tuteur. Certaines variétés contiennent des facteurs antinutritionnels. Semis plus profond

Sources : Fiches Autonomie Fourragère n°2 : Les méteils, PNPE, juin 2020 ; Protecow, fiche n°6 : Les ensilages de méteil, mars 2018.

Qu’en est-il chez François ?

Cela fait 3-4 ans qu’il s’est lancé à réaliser du méteil. C’est une culture très intéressante du point de vue économique car elle nécessite moins d’intrants aussi bien en engrais qu’en produits phytopharmaceutiques, que sa valeur protéique est bien plus intéressante et qu’il produit lui-même ses semences. La fauche est également moins sèche qu’un simple ray-grass.

Pour l’année 2020, la sécheresse a fait pousser très vite le méteil de François. « Pour cette année-là, j’ai utilisé du seigle dans mon mélange alors que d’habitude j’utilise du triticale. Le seigle a été plus sec lors de la récolte comparé au triticale ». Il est de plus en plus difficile d’avoir un beau maïs avec les années sèches que nous avons. Aux yeux de François, lors de périodes sèches, un maïs en culture unique (sans méteil auparavant) semble plus beau qu’avec un précédent méteil. « Si nous n’avons pas un beau méteil, nous n’aurons pas un beau maïs » nous dis François.

François produit deux types de méteils :

  • Le méteil grain : qui lui permet de produire sa propre semence. Il est composé de vesce, pois (le pois fourrager étant plus envahissant) et épeautre ;
  • Le méteil de fauche : triticale ou seigle, pois et vesce (récupérés du méteil grain).

La conservation du méteil après fauchage se fait par ballotage – enrubannage. L’utilisation d’un silo ne manque pas d’intérêt mais l’installation à un certain coût. D’après les observations de François, le fait d’ouvrir complètement le ballot fait sécher assez rapidement le méteil et fait perdre son appétence pour le bétail. Il est donc préférable d’ouvrir une partie du ballot afin de limiter le dessèchement de celui-ci.

Quelles sont les améliorations possibles pour cultiver du méteil ?

Le plus difficile pour la mise en place d’un méteil est de trouver certaines semences sur le marché ainsi que leur coût élevé. Pour François, le fait de produire lui-même les semences diminue grandement le coût. Il aimerait essayer d’autres variétés comme la vesce de Narbonne ou le niébé, mais ces semences sont très difficiles à trouver, même en France. La vesce de Narbonne ainsi que le niébé auraient une meilleure résistance à la sécheresse et donneraient un meilleur rendement, surtout pour ce qui est de l’apport protéique.

Un soutien possible via les MAEC

François aimerait également faire passer ses cultures de méteil en MAEC afin de mieux les valoriser financièrement (via la MB6 Culture favorable à l’environnement ). Cette méthode se décline en six variantes : les mélanges céréales-légumineuses, les céréales sur pied, le chanvre, les légumineuses fourragères, les céréales de printemps et cultures assimilées et les cultures sarclées avec désherbage mécanique.

Cette méthode vise à la base à diversifier les espèces végétales utilisées dans les cultures. Elle contribue à la protection des eaux de surface et des eaux souterraines en favorisant les légumineuses (rôle d’engrais vert) et en limitant les intrants. Les nouvelles variantes visent à préserver la biodiversité de nos paysages agricoles, en particulier la petite faune des plaines et les oiseaux des champs.

Pour ce qui est des mélanges céréales-légumineuses, il existe certaines conditions particulières afin de classer le méteil comme une MAEC :

  • Les légumineuses doivent représenter min. 20% du mélange
  • Les insecticides sont interdits (y compris les semences enrobées).

La prime de cette MAEC peut aider pour l’installation et le coût des semences.

Pour plus d’information sur cette MAEC ou d’autres, n’hésitez pas à contacter un conseiller Natagriwal.